La Plateforme des clubs d’enfants pour le droit à la participation existe depuis 2006 dans l’Etat du Tamil Nadu. Elle offre aux enfants un environnement où tous ont les mêmes droits pour exprimer leurs pensées, leurs opinions et leurs sentiments. Par un processus démocratique, ils mettent en œuvre des projets pour améliorer leur vie et celle de leur communauté. Chaque année, tous les clubs d’enfants se retrouvent pour une Convention au cours de laquelle est élu un Comité exécutif (Président, secrétaire et trésorier). Nous avons rencontré M. Elanchezhian, Président depuis un an, et Chitra, nouvellement élue.
Pouvez-vous vous présenter rapidement ?
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M. Elanchezhian : Je m’appelle M. Elanchezhian, j’ai été Président de la Plateforme pendant un an. J’ai 16 ans. J’habite dans un bidonville au nord de Chennai. Mon quartier s’appelle Vyasarpadi, ma famille est issue de la classe moyenne. J’ai un frère, deux sœurs et mon père travaille à la Poste. A l’école, je suis en douzième standard (l’équivalent de la classe de première française ndlr) et je vais passer mon baccalauréat cette année. J’étudie en anglais même si je parle couramment tamoul. |
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Chitra : Je m’appelle Chitra, je suis la nouvelle Présidente cette année et j’ai moi aussi 16 ans. Je suis en dixième standard (l’équivalent de la classe de seconde française ndlr) et je peux étudier grâce à une bourse d’une mission franciscaine qui finance ma scolarité. J’habite à Coimbatore à l’ouest du Tamil Nadu. Depuis que mon père est décédé, je vis avec ma mère, ma grand-mère et ma sœur. Ma mère travaille comme employée de maison. A l’école, j’étudie en tamoul. |
Pourquoi avez-vous décidé de vous présenter à cette élection ?
M.E : Après la première convention, je m’étais présenté pour l’élection de secrétaire et je n’avais pas été élu. J’ai été très déçu. A la seconde convention, je me suis présenté pour être Président. J’étais très tendu à l’idée de pouvoir encore échouer. Finalement j’ai été élu et ravi !
C : Lors de la première convention, je me suis rendu compte que ce sont les enfants seuls qui géraient le projet. Le Président gère tout seul, aucun adulte ne supervise. Il mène seul les groupes d’enfants. C’est ce qui m’a plu. Ce jour-là, je me suis dit qu’un jour moi aussi je serai Présidente. Un jour nous avons fait circuler une pétition dans mon quartier pour lutter contre le travail des enfants. Les autorités ont refusé de nous écouter. En tant que Présidente, j’aurai plus de poids, je pourrai faire bouger les choses.
Quel a été ton rôle en tant que Président ?
| M.E : Cette année le thème était la participation des enfants dans la société, l’école, le gouvernement. J’ai assisté à toutes les réunions au niveau étatique et j’étais chargé d’organiser les événements, d’ouvrir le débat sur des thématiques spécifiques. Le président a un rôle de facilitateur. C’est lui qui organise toutes les réunions et les débats à mener et il participe à celles qui ont lieu dans sa ville. Il est aussi chargé de coordonner, organiser et planifier la Convention annuelle. Son travail c’est surtout de rendre intéressantes les réunions et de trouver des moyens actifs et participatifs, comme les jeux ou le chant, pour arriver à faire exprimer aux enfants leurs demandes. Il faut être capable d’animer une réunion. Les enfants sont tous différents les uns des autres, ils ont tous des pensées différentes. Le Président doit faire le lien entre tous et en sortir le meilleur. | ![]() |
Pouvez-vous nous parler de votre mandat ?
M.E : On commence à voir les résultats de nos actions. Par exemple à l’école, les professeurs laissent sortir les enfants pour participer aux événements de la Plateforme parce qu’ils comprennent les enjeux du projet. Beaucoup d’enfants timides s’expriment mieux aujourd’hui, sont plus à l’aise. Les parents coopèrent aussi plus facilement avec les enfants. Ils acceptent de les laisser participer parce qu’eux-mêmes adhèrent au projet. Aujourd’hui 126 associations sont membres de la Plateforme dans 22 districts. De plus en plus d’associations connaissent la Plateforme. Ils participent à toutes nos actions.
C : Chaque année, nous définissons un thème. La première année nous avons travaillé sur la maltraitance des enfants, nous avons rédigé trois pages de demandes aux autorités locales pour agir en faveur de la non-violence. A la convention, nous avons aussi organisé une chaîne humaine pour manifester en faveur de la non-violence. Cette année, l’objectif est d’organiser des activités avec les autorités locales et de demander au gouvernement du Tamil Nadu l’organisation de « Grama Sabah » (réunions entre les enfants et le gouvernement ndlr) pour confirmer l’implication des enfants dans la gouvernance. En rapport avec les élections générales en Inde*, plusieurs associations de la Plateforme ont aussi rédigé des manifestes adressés aux candidats avant les élections pour faire connaître les problèmes et les besoins au niveau de l’Etat du Tamil Nadou.
Quel souvenir garderas-tu de cette expérience ?
M.E : J’ai adoré cette expérience. Je ne me suis jamais découragé. J’ai toujours réussi à garder un équilibre entre mon travail pour l’école et pour la Plateforme, j’ai réussi à bien m’organiser dans mon emploi du temps. Ma motivation n’a jamais flanché parce que j’étais soutenu par mes parents dans ma démarche et je savais que j’avais été élu par mes pairs donc je devais assumer. Ma responsabilité de Président m’a motivé.
Personnellement j’ai beaucoup aimé partager mes pensées et mes opinions avec tous les enfants, j’ai créé de nouvelles amitiés très fortes. J’ai aussi appris à prendre confiance en moi et à parler avec des groupes différents : adultes, officiels, enfants, etc.

Quels sont vos projets ?
C : En tant que Présidente, je vais agir pour la thématique choisie cette année et suivre le plan d’actions décidé par le groupe. Plus personnellement je veux m’engager pour la liberté et le droit à l’éducation des filles et pour les enfants handicapés.
M.E : Cette année, je passe le baccalauréat alors je vais me concentrer sur mes études. Je continuerai à soutenir les actions au sein de BSAC, mon association, et à servir ma communauté mais je ne veux pas m’engager dans la politique. Je veux devenir médecin cardiologue, parce que sans cœur on ne vit pas.
* Les élections législatives générales en Inde se sont déroulées du 16 avril au 16 mai 2009. Le parti du Congrès a remporté les élections avec un score historique de 206 sièges. L’Etat du Tamil Nadu représente 39 sièges sur les 543 députés du Parlement.
Propos recueillis par Sara Lehberger et Mady Chanrion
Crédits photos : Sara Lehberger


