Depuis 1986, Asmae s’engage au Soudan pour aider les enfants réfugiés de la guerre entre le Nord et le Sud du pays. En 2005, les accords de paix ont mis fin à plus de vingt ans de conflit. Ils prévoient la tenue d’un référendum en 2010 pour décider de l’autonomie de la province Sud du Soudan. Un an avant l’échéance, nous faisons un état des lieux de notre engagement dans le pays.
Asmae s’engage pour 600 enfants soudanais
En partenariat avec la Société Saint Vincent de Paul, Asmae – Association sœur Emmanuelle agit pour les enfants réfugiés de Khartoum. Cette association locale développe des programmes de santé, de distribution d’eau, de nutrition pour bébés, de formation professionnelle et d’accueil des enfants des rues. Sœur Emmanuelle a initié elle-même ce partenariat dès 1986. Asmae reste aujourd’hui fidèle à cet engagement et soutient le projet baptisé « enfants du Nil » qui offre une prise en charge globale à 600 enfants des rues. Asmae finance les besoins nécessaires au bon fonctionnement des 4 foyers et 3 fermes d’accueil à hauteur de 234 000 euros.
1.5 million de personnes déplacées à Khartoum, capitale du Soudan
Quarante ans de guerre civile ont déchiré le Soudan entre les peuples du Nord et du Sud. La guerre entre ces deux régions est aujourd’hui finie, mais 1,5 million de réfugiés du Sud vivent encore à Khartoum, dans des conditions de pauvreté extrême. Malgré l’envie de retourner dans le Sud, aucune infrastructure n’existe pour les accueillir : ni écoles, ni dispensaires. Tout a été détruit par la guerre. Ils sont donc condamnés à rester à Khartoum, au Nord. Même si leur situation est précaire, ils peuvent espérer trouver un travail et leurs enfants vont à l’école. Plus récemment, la situation au Darfour a apporté son flot d’enfants réfugiés.
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Principales dates de l’histoire du Soudan 1955 – 1972 : guerre civile entre le Nord et le Sud 1956 : indépendance du Soudan |
![]() Crédit photo : The Economist |
Une prise en charge globale
Le projet « Enfants du Nil » prend en charge des enfants livrés à eux-mêmes dans la rue. Les enfants sont accueillis dans l’un des quatre foyers de l’association (trois pour les garçons et un pour les filles). Chaque foyer est géré par un couple de parents qui élève une vingtaine d’enfants avec les leurs. Eux-mêmes sont réfugiés du Sud. Le foyer permet aux enfants de retrouver une harmonie familiale, un cercle protecteur. Une entraide se développe entre les enfants.

A partir de 12 ou 13 ans, lorsqu’ils ont fini leur premier cycle d’études (l’équivalent du collège en France), les enfants hébergés en foyers déménagent dans l’une des trois fermes de l’association. Chacune regroupe entre 100 et 150 adolescents, encadrés par un directeur, du personnel administratif et des travailleurs sociaux. Les filles, pour leur part, restent toute leur scolarité dans les foyers.
Les enfants bénéficient également des antennes mobiles de santé. Il y a un cabinet médical dans chaque ferme, le médecin passe deux fois par semaine pour prendre soin des pensionnaires. Certains des médecins sont eux-mêmes d’anciens pensionnaires attachés au projet, qui ont réussi leurs études de médecine.
Offrir un avenir aux enfants
Tous les enfants sont inscrits à l’école, jusqu’à l’obtention de leur baccalauréat. Chaque enfant bénéficie d’une formation complète : académique, universitaire et professionnelle.
L’association pousse les enfants à réaliser les études qu’ils souhaitent et les soutient tout au long de leur cursus académique.
Dans chaque ferme, des ateliers professionnels leur sont proposés : agriculture, cordonnerie, tailleur, électricité, menuiserie traditionnelle, réfrigération, etc. Ils ont deux objectifs : apprendre un métier et répondre aux besoins de tous les enfants hébergés à la ferme (uniformes scolaires et chaussures, nourriture).
Un ingénieur agronome apporte son aide aux jeunes pour leur transmettre ses compétences en matière d’agriculture. Les moniteurs qui animent les ateliers professionnels sont eux-mêmes spécialistes de la matière. Là aussi, certains d’entre eux ont été pensionnaires d’un foyer ou d’une ferme.
Retrouver les origines et l’histoire des enfants
Le but de l’association Saint-Vincent de Paul est aussi de recomposer les familles et de retrouver les origines des enfants. Tous ont une histoire personnelle : certains se sont sauvés pour fuir la guerre, d’autres sont orphelins, d’autres encore ont été vendus et achetés plusieurs fois avant de s’échapper ou ont été kidnappés. Souvent, ils ont perdu la trace de leurs parents, de leur famille. Grâce aux liens tribaux, certains pourront retrouver un oncle, une tante ou un membre de sa famille chez qui ils seront accueillis pour les vacances. Au cours de leur séjour, les enfants sont accompagnés par des travailleurs sociaux, présents dans chaque ferme et chargés de collecter les informations afin de recréer l’histoire de chaque enfant.
Des parcours variés, de belles réussites
Le projet existe depuis presque 25 ans. Beaucoup d’enfants sont devenus adultes. Certains sont retournés vivre dans le Sud, où ils représentent une main d’œuvre qualifiée et peuvent aider à la reconstruction. Tous ont un emploi et gagnent leur vie. Ceux qui ont suivi les formations professionnelles sont devenus maçon, électricien ou tailleur. Les universitaires sont aujourd’hui des cadres avec des postes clé et sont médecin ou ingénieur. C’est le cas d’Henari, aujourd’hui responsable de la maintenance de l’unique centrale électrique de Juba, la capitale du Sud Soudan. Pris en charge en 1995 dans une ferme de l’association, il suit un cours d’électricité tout en continuant sa scolarité. En 2005, il est diplômé de l’université. Après avoir travaillé comme responsable d’un des centres de formation professionnelle de l’association, il a décidé de partir dans le Sud aider à la reconstruction. A l’image d’Henari, plus de 500 enfants ont aujourd’hui réussi leurs études grâce à l’aide de l’association Saint-Vincent de Paul et au soutien d’Asmae. 150 d’entre eux sont diplômés de l’université.

Asmae renouvelle son engagement
Face à ces résultats tangibles, Asmae – Association sœur Emmanuelle s’engage plus que jamais auprès des enfants déplacés, encore nombreux dans les rues de la capitale soudanaise. A l’aube d’un avenir indépendant pour le Sud Soudan, il est essentiel de donner les moyens aux populations déplacées du Sud de reconstruire leur futur pays.
Mady Chanrion
Crédits photo : frère Fleury
