40 ans d’action – Témoignage de Patrick Poivre d’Arvor, journaliste et proche de Sœur Emmanuelle

Pour les 40 ans d’Asmae, nous revenons aujourd’hui avec Patrick Poivre d’Arvor, sur notre action auprès de plus de 500 000 bénéficiaires, portée par la volonté de Sœur Emmanuelle. Il nous parle de celle qu’il appelait sa “petite grand-mère”, et de la manière dont elle l’a accompagné durant toutes ces années et l’inspire toujours au quotidien.

Comment avez-vous connu Sœur Emmanuelle et Asmae ?

Sœur Emmanuelle d’abord. C’était au Caire, quand elle s’occupait des Chiffonniers. Je l’ai rencontrée alors que je rendais visite à mon frère qui était à Alexandrie. C’était il y a une bonne quarantaine d’années. Quand j’ai vu le travail qu’elle faisait sur place, j’ai demandé à notre correspondant au Caire de faire un sujet sur les chiffonniers du Caire et c’est comme ça que les choses ont démarré. Je crois que ça a dû être l’un des premiers reportages consacrés à son action.

Vous avez été un découvreur de personnalité avec Sœur Emmanuelle et vous avez joué un rôle très important dans la suite de l’aventure. Quelle est votre perception des enjeux liés à l’éducation aujourd’hui, en France et dans le monde actuel ?

On peut vérifier que la place des enfants est capitale pour la construction d’un monde meilleur. Deuxièmement, pour que le leur soit meilleur, il faut mettre le paquet sur l’éducation dans tous les pays, en développement, en voie de développement, ou déjà développés. C’est la racine de tout, qui d’ailleurs, au passage, fera reculer l’ignorance et l’ignorantisme, et donc le fanatisme.

Vous qui l’avez bien connue, car vous étiez des amis intimes, d’après vous, aujourd’hui, quel serait le coup de gueule de Sœur Emmanuelle, son “cri” si elle était l’invitée d’un JT ?

Elle nous dirait d’être moins égoïstes face à notre propre situation. Ce sont en effet des situations perturbantes, parfois même angoissantes, mais qui ne sont pas les mêmes situations que celles qu’on peut connaître dans des pays qui souffrent de la guerre ou de mille problèmes. Donc, arrêtons de geindre, de nous plaindre de nos petites vies bousculées par un changement de pied et continuons à aider les plus démunis, les plus déshérités. C’est toujours très difficile de se mettre à la place de quelqu’un qui n’est plus là. Mais connaissant sa générosité, ce serait ça.

Avez vous un souvenir que vous accepteriez de partager, un souvenir important avec Sœur Emmanuelle ?

Nous étions proches et on se voyait beaucoup avec Sœur Emmanuelle. J’aimais bien quand elle venait déjeuner ou dîner à la maison et puis je lui suis très reconnaissant d’avoir été là, notamment quand ma fille s’est suicidée. Elle a trouvé des paroles qui n’étaient pas des paroles de pur réconfort mais qui allaient au-delà de ça. Elle avait même une photo de Solenn dans son Missel, cela nous a beaucoup réunis.

Pensez vous que Sœur Emmanuelle a laissé une empreinte particulière dans la société ?

Ah oui ! Déjà tout le monde connaît son nom et tout le monde connaît son cri de guerre “Yalla !”, et personne n’a oublié sa tête et son opiniâtreté. Ca fait longtemps qu’elle est partie mais cela n’a pas changé. C’est l’empreinte, c’est la marque : son visage.

On réaffirme ça très fort depuis quelques années.

Vous avez bien raison, j’ai vu ça au moment de l’anniversaire de sa mort. C’est très utile et ça m’arrive de mettre le tee-shirt et de courir dans Paris avec sa tête.

Que pourriez vous souhaiter à Asmae, comme nous fêtons nos 40 ans, pour les 40 prochaines années ?

Qu’elle continue sa mission, et si possible, que plus d’enfants, plus de familles puisse profiter de l’action de l’association. Ce serait un bien qu’on continue malgré certaines difficultés relatives à la sécurité, à permettre à ces enfants et leurs familles de vivre dignement.