Valérie Robin, enseignante et formatrice, en mission d'appui à la scolarisation d'enfants déficients intellectuels, nous parle de l'éducation spécialisée au Mali.
La question de la scolarisation des enfants porteurs de handicap est particulièrement complexe. Elle l’est encore plus dans les pays africains du fait de conditions économiques et politiques souvent difficiles, et de dimensions sociales et culturelles bien particulières.
C’est le cas au Mali où, malgré l’ampleur de la tâche, l’avenir de l’éducation se tourne résolument vers le principe de l’éducation inclusive, considérant par là que tous les enfants sont égaux.
Le fondement majeur est que chaque enfant, handicapé ou pas, a accès aux structures d’enseignement ordinaire qui doivent avoir pour objectif premier de mettre en valeur et développer les compétences et les potentialités de tous ses apprenants, au-delà de leurs caractéristiques et de leurs besoins particuliers.
Cependant même si le concept est largement évoqué et approuvé, la réalité est encore bien loin des résultats escomptés.
En effet, dans un contexte général de crise de l’éducation (taux de scolarisation proche de 50% ) il n'existe pas de recensement sur le nombre d’enfants handicapés au Mali. La majorité d'entre eux ne va pas à l'école et rares sont ceux qui ont accès aux établissements spécialisés, eux mêmes en nombre très restreint.
Certains enfants dont le handicap est plus léger, sont intégrés dans des classes ordinaires, mais ils bénéficient rarement d’une pédagogie adaptée, faute de formation suffisante des enseignants et de conditions de travail propices à un suivi réel des enfants.
Au final, les enfants handicapés du Mali subissent de plein fouet les tourmentes du système éducatif malien et, malgré des initiatives locales originales mais trop souvent isolées, ils continuent à vivre une situation de surprotection ou de marginalisation de la part de leur entourage et de la société.
Face à cela, le gouvernement malien s’est engagé, à travers divers accords nationaux et internationaux, à réduire progressivement les situations d’exclusion et à tourner le dos à l’expectative. Ainsi des ateliers et colloques internationaux ont eu leur siège à Bamako, le dernier en date étant le « Handi Forum » organisé par les états de l’UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africaine) en juin 2010.
Pour espérer voir les pratiques se modifier, il faudra nécessairement passer d’une part, par la formation des enseignants, clef de voûte du système, la mise en place d’un réseau à vocation sous-régionale dans le souci d’une mutualisation des ressources entre les Etats, et le développement d’une approche globale et multidisciplinaire. Telles sont les grandes orientations prises par l’Etat malien, reste à les mettre en œuvre…
Pour accompagner cette mutation essentielle dans la prise en compte éducative des enfants handicapés au Mali, Asmae se propose de soutenir sur le terrain, les actions visant à permettre aux enseignants, aux apprenants en situation de handicap, en particulier mental, et à leurs familles ainsi qu’à tous les acteurs éducatifs concernés, de considérer la diversité non comme un problème mais comme un défi à relever ENSEMBLE.

Téné, jeune fille trisomique, aide cuisinière de notre partenaire l'Amaldeme, lors du chantier bénévole Asmae de mars-avril 2010
C’est dans cette perspective qu’Asmae, toujours dans une démarche d’accompagnement a lancé dans le cadre d’une mission professionnelle, une étude de terrain sur les initiatives et les structures existantes dans le domaine du handicap mental, sur les principales problématiques rencontrées par les acteurs locaux et sur les partenariats potentiels. A suivre…
Valérie Robin, enseignante référente Handicap et formatrice – mission professionnelle Mali
Avec la participation de Cécile Schmitt-Guilloton, coordinatrice Mali
Copyright: Véronique Riquet