
Depuis le 1er mars 2026, le Liban connaît une nouvelle escalade de violences, touchant le Sud, la Bekaa et la banlieue sud de Beyrouth. Les bombardements répétés, l’instabilité sécuritaire et les déplacements internes plongent de nombreuses familles dans une situation d’extrême vulnérabilité. Dans ce contexte instable, Asmae adapte ses actions pour protéger enfants, jeunes et équipes sur le terrain. Nadeem Khaddaj, Directeur Pays d’Asmae au Liban, revient sur la situation et les réponses mises en place.
Nadeem, pouvez-vous décrire la situation actuelle au Liban ?
La situation sécuritaire s’est fortement dégradée depuis le 1er mars. Les bombardements touchent désormais plusieurs régions, notamment le Sud, certaines zones de la Bekaa et les abords de Beyrouth.
Le pays vit sous une menace constante, avec des frappes aériennes quotidiennes et des déplacements massifs de population. Dans ce contexte, l’incertitude est extrêmement élevée, et les civils restent les premières victimes, d’autant plus que les infrastructures sont fragiles et pourraient être davantage touchées à l’avenir.
Quel impact cette situation a-t-elle sur les familles et les communautés ?
Des milliers de familles ont été contraintes de quitter leur maison, un nombre qui augmente chaque jour avec l’intensification des hostilités.
De nombreuses familles, y compris syriennes et palestiniennes, vivent désormais sous tente, dans différents quartiers de Beyrouth, faute d’accès à un abri. Comme toujours, les communautés vivent dans une inquiétude constante.
Malgré leur longue expérience des crises, la succession des événements de ces dernières années, effondrement économique, explosion du port, paralysie politique, a profondément entamé les capacités de résilience.
Comment se portent les équipes d’Asmae sur le terrain ?
Pour l’instant, nos équipes et leurs familles sont en sécurité, c’est notre priorité absolue.
Mais tout le monde est soumis à un stress intense. Certains collègues ont encore de la famille dans le Sud. D’autres ont dû déménager après avoir perdu leur logement ou reçu l’ordre d’évacuer leur quartier.
Toutes et tous vivent dans la même incertitude : ne jamais savoir où une frappe pourrait se produire, pendant un trajet ou près de chez eux.
Nous avons d’abord fermé le bureau pendant les premières heures de l’escalade, puis nous l’avons rouvert pour celles et ceux qui peuvent y accéder en sécurité. Les autres travaillent depuis leur domicile pour rester proches de leur famille.
Nous adaptons notre organisation au jour le jour, en fonction des évaluations de sécurité.
Et qu’en est‑il des partenaires d’Asmae ?
Nous avons pu contacter l’ensemble de nos partenaires : ils sont également en sécurité.
Certaines équipes ont dû être relocalisées, en raison de la proximité de leurs bureaux avec des zones ciblées, et poursuivent désormais leur travail depuis des secteurs plus sûrs de Beyrouth.
La plupart de leurs équipes sont mobilisées dans les abris pour soutenir les familles déplacées.
Nous collectons en ce moment les informations sur leurs actions d’urgence afin d’ajuster nos projets en fonction des besoins identifiés.
Les projets d’Asmae peuvent ils se poursuivre dans ce contexte ?
Dans les zones directement touchées, nous avons dû partiellement suspendre nos activités pour garantir la sécurité des enfants, des jeunes, des partenaires et de nos équipes.
Nous suivons la situation heure par heure.
Si le conflit se prolonge, nous ajusterons nos interventions pour répondre aux besoins émergents, en étroite coordination avec nos bailleurs, dont Citi Foundation et l’AFD, que nous avons déjà informés.
Comment Asmae se prépare t elle pour les prochaines semaines ?
Nous avançons selon une approche équilibrée :
- la sécurité de notre personnel reste notre priorité absolue,
- tout en respectant notre responsabilité humanitaire auprès des enfants et des jeunes, en particulier ceux touchés par les déplacements ou la perte d’accès à l’éducation.
Nous anticipons plusieurs scénarios et sommes prêts à réorienter ou relancer nos actions dès que les conditions le permettront.
Un dernier message pour les équipes d’Asmae et pour celles et ceux qui vous soutiennent ?
Nous sommes profondément reconnaissants pour le soutien que nous recevons de tout le réseau Asmae.
Les messages que nous recevons comptent énormément pour nos collègues.
Nous savons aussi que beaucoup souhaitent faire davantage.
Si des opportunités apparaissent pour renforcer l’aide aux familles touchées, nous n’hésiterons pas à vous solliciter.
Merci encore pour votre solidarité, votre disponibilité et votre confiance.