Témoignage – Bénévole auprès d’un de nos partenaires à Madagascar, Madame Rakotoary nous raconte l’impact de la crise sanitaire sur la vie des enfants de son quartier

Sur la photo : parents d’élèves

L’urgence sanitaire qui a frappé Madagascar a eu un fort impact sur la situation économique des habitants, en particulier chez les familles les plus vulnérables. À l’occasion d’une visite de nos partenaires à Tanà nous avons pu récolter des témoignages de la part des différentes personnes engagées auprès de l’association. Madame RAKOTOARY Clara Judith est responsable de l’école Betania Ankasina. Elle nous partage une histoire qui l’a marquée pendant cette crise sanitaire.

Comment vivez-vous la crise sanitaire actuelle ?

Mme RAKOTOARY : Cela fait 14 ans que je travaille à Betania et je n’ai jamais vécu autant d’angoisse. Le travail et la vie quotidienne s’entremêlent. Mon quartier est très animé et, même si le centre est fermé, je suis en contact permanent avec beaucoup de gens. C’est angoissant mais je dois effectuer mes tâches quotidiennes. Je m’inquiète aussi pour la scolarité et la santé de mes enfants. Jusqu’à maintenant, la fin de l’année scolaire et les dates des examens officiels n’ont pas encore été définies.

Vous nous dites avoir été bouleversée par l’histoire d’un petit garçon qui faisait les poubelles pour pouvoir manger. Pouvez-vous nous en parler ? 

Mme RAKOTOARY : Nous avons devant chez nous une benne à ordure. 

Un jour, alors que le service de collecte n’était pas passé, j’ai demandé à mes fils de récupérer les déchets que j’avais déposés la veille : un sac plastique rempli de riz et de chaussures sales. Étonnamment, il n’était plus là. En descendant de chez moi, j’ai effectivement remarqué que mon voisin d’en face, un enfant de 11 ans nommé Rija, l’avait récupéré. Je connais bien ce garçon puisque c’est un bénéficiaire de l’association.

Je l’ai alors interpellé et lui ai demandé de me le rendre, lui expliquant que la nourriture qu’il contenait n’était pas comestible. À cela il m’a répondu que sa faim était trop grande et qu’il ne pouvait se résigner à le jeter. Après avoir insisté plusieurs fois il  a fini par céder, triste et honteux. Je lui ai alors proposé de venir partager un repas chez moi. Tout du long, il est resté très distant, me considérant plus comme une enseignante qu’une voisine.

Quelques jours plus tard, en le revoyant fouiller les poubelles, je lui ai proposé de venir quotidiennement à la maison pour y récupérer de quoi manger.

A part Rija, est-ce qu’il en a d’autres que vous avez remarqués dans le quartier ?

Mme Clara : Il a aussi Rado, Donald et bien d’autre encore que j’aperçois parfois dans la benne à ordure. Depuis le confinement, ces enfants travaillent en tant que porteurs.

Je les ai revus quelques jours plus tard. En leur demandant ce qu’ils faisaient dans la benne, ils m’ont répondu qu’ils étaient “juste en train de regarder quelque chose”.